Crise de Dexia: les véritables stress tests ont été fatals

Il s’agit de tests politiques dont l’objectif n’est manifestement pas de donner une image réaliste de la situation, mais seulement d’indiquer au marché quelles seront les banques qui seront recapitalisées par les Etats.

Le démantèlement de la banque Dexia met en lumière les problèmes suivants:

L’incapacité des stress tests à fournir une vision réaliste du véritable état des banques les plus importantes. Dexia a en effet passé avec succès les récents stress tests dont les résultats ont été divulgués en juillet dernier.

Comment peut-on mener sérieusement des tests de résistance du système financier lorsque la possibilité de graves chocs, en l’occurrence d’un défaut de paiement de la Grèce et d’autres pays membres de la zone euro, est exclue?

Il s’agit en réalité de tests politiques dont l’objectif n’est manifestement pas de donner une image réaliste de la situation, mais seulement d’indiquer au marché quelles seront les banques qui seront recapitalisées par les Etats, en cas de quasi-faillites, comme c’est actuellement le cas pour Dexia.

Le gaspillage de fonds publics, puisqu’en 2008 cette banque a déjà été recapitalisée. Six milliards d’euros de fonds publics ont été utilisés, avec pour résultat l’utilisation d’une stratégie douteuse. Il s’agissait d’émissions de produits financiers toxiques pour les collectivités locales en France et de détentions de créances à risque, en l’occurrence celles de la Grèce, de l’Italie et de l’Espagne… qui semblaient être de bons placements pour Dexia dans la mesure où des taux de rendement potentiellement élevés allaient de pair avec une volonté des autorités européennes de prendre toutes mesures susceptibles d’éviter un défaut.

Les recapitalisations ont été fournies sans suffisamment de contreparties ou de contrôles. Les nouvelles directions mises en place en 2008 ont utilisé ces stratégies douteuses et se sont versé des rémunérations indécentes. Pierre Mariani, CEO de Dexia, a perçu en 2009 et 2010 des rémunérations s’élevant respectivement à 1,95 puis à 1,8 million d’euros. Du point de vue de la direction de Dexia, pourquoi aurait-il fallu prendre moins de risques? D’une part, comme on peut le constater actuellement, ces derniers sont finalement assumés par le contribuable, l’employé, le retraité, l’actionnaire… et d’autre part avant le démantèlement, les rémunérations étaient astronomiques!

Le rachat et la nationalisation de la filiale belge de Dexia vont coûter à la Belgique 4 milliards d’euros. Par ailleurs, les garanties se situent à hauteur de 90 milliards d’euros. Elles seront le cas échéant supportées par les contribuables belges, français et luxembourgeois. Tout cela aura bien sûr un impact négatif sur la situation financière de ces pays.

Le danger que représente le faible niveau de capitaux propres de la plupart des banques, comparé à leurs expositions à un certain nombre de créances douteuses. L’exposition de Dexia à la Grèce correspond à environ 30% de ses capitaux propres, en ce qui concerne l’Italie et l’Espagne l’exposition est de l’ordre de 294% et 195% respectivement.

Les normes dans ce domaine sont bien en deçà de ce qui serait souhaitable. Il convient de rappeler que, malgré des niveaux de capitaux propres soi-disant respectables, des banques comme Lehman Brothers et Bear Stearns ont fait faillite en 2008. Cinq jours avant sa faillite, le ratio de capital Tier s’élevait à 11% pour Lehman (1)!

L’illusion selon laquelle l’innovation financière serait a priori souhaitable. Or, dans le cas de Dexia, celle-ci s’est traduite en France par l’apparition de produits financiers trop compliqués. Les responsables des collectivités locales, sans formation particulière en finance, ont eu du mal à comprendre la logique d’emprunts indexés sur une devise étrangère à la zone euro, en l’occurrence le franc suisse. Leurs besoins correspondent en réalité à des produits simples, n’incorporant aucun risque de change.

Faut-il encore rappeler que la tâche de la finance est de promouvoir le développement économique de la société. La complexité financière censée générer de confortables marges pour les banques concernées n’est que rarement utile à la société.

La fragilité du système financier.
Il serait difficile d’établir une liste d’établissements financiers supposés être à l’abri du risque diffus qui s’est propagé. Avec un business modèle bien différent, les grandes banques suisses semblent protégées. On ne peut que se réjouir de la faible exposition d’UBS et de Credit Suisse aux créances douteuses de la zone euro. Une question demeure cependant. Quelles sont les banques qui ont vendu des CDS adossés à un défaut de la Grèce? Comme ces produits sont traités de gré à gré (OTC), l’information n’est malheureusement pas publique. En cas de défaut, ne serait-ce que partiel, de la Grèce, ce sont elles qui le couvriront. Il faut espérer que ces deux banques soient restées prudentes à ce niveau.

La résolution de ces problèmes est urgente. Sinon le système financier risque de continuer à se fissurer, ce qui accentuera la propagation du risque systémique à l’économie réelle.

(1) Voir le livre «13 Bankers», Simon Johnson et James Kwak, Pantheon Books, New York, 2010, page 206.

(Publié dans “Le Temps”, 14.10.2011)

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *